Cinquième livraison, c’est parti !

 

Bonjour à tous ! On est mardi, il est donc temps de vous donner accès à un nouveau chapitre ! Comme toujours, j’espère qu’il vous plaira et que les retours seront positifs. Comme pour le chapitre 4, l’ePub arrivera dès que possible.

 

Je vous souhaite donc une excellente lecture, et à vendredi !
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Bad Dreams Justice – Chapitre 5

 

      Nox regarda autour de lui. Il était dans un parc, il faisait beau, et la température était impeccable. De suite, il leva son doigt en l’air, et fit mine d’écrire : « Base « . En balisant son rêve, il en était désormais à peu près sûr, il s’agissait d’un rêve lucide. Il tenta de se souvenir de ce qu’il avait fait dix minutes plus tôt : impossible de s’en souvenir. Il se frotta alors les mains, se concentra sur les bruits et les odeurs, de manière à stimuler ses sens et stabiliser son rêve.

                Alors, il partit en exploration. Il commença par tenter un peu de lévitation. Après quelques secondes de concentration, ses pieds s’envolèrent du sol, mais y retombèrent aussitôt. Sur le coup de la surprise, il avait oublié qu’il ne savait pas voler, et que sa lévitation risquait donc d’en pâtir. Mais après tout, il pouvait décider qu’il savait parfaitement voler…

                A cette pensée, il s’envola aussi sec, et se dirigea vers un passant. Celui-ci le regarda avec des yeux ronds comme des ballons :

                « Vous êtes en train de voler ?!

–          Oui, c’est pour le tournage d’un film, c’est truqué, ne vous inquiétez pas », plaisanta-t-il.

Le passant sembla rassuré, et Nox se dirigea un peu plus loin. S’il avait pu raconter n’importe quoi à cette personne, il ne voulait tout de même pas effrayer les gens aux alentours, sous peine de décrocher de son rêve. Un peu plus loin, il aperçut un vieillard sur un banc. Sans savoir décrire exactement la singularité qui émanait de cet étrange personnage, ce dernier affichait un air serein, comme s’il avait atteint un stage de sagesse relativement hors de portée à tout humain classique.

 « Parler avec cette personne pourrait m’apprendre plein de choses ! Sur ce monde onirique, sur moi-même… Je ne peux pas laisser passer une telle occasion. », pensa Nox.

Il s’élança vers le vieillard, et atterrit quelques mètres plus loin, histoire de le rejoindre à pied.

« Bonjour !, s’exclama Nox. Vous accepteriez de discuter un peu avec moi ?

–          Non. »

Le refus sec et sans appel du vieillard laissa Nox bouche bée. Il s’attendait à tout, sauf à ça. Il ne pouvait accepter un tel refus, et, tentant de garder son sang-froid, il demanda :

« Pourquoi ça ?

–          Parce que vous êtes plus jeune que moi. Vous me devez le respect, laissez-moi. »

Ce n’était pas la réponse que Nox attendait, et celui-ci perdit patience.

« Vous vous foutez de moi ? Vous faites partie de mon rêve, je vous ai créé, vous croyez vraiment que vous pouvez discuter mes ordres ? »

Le vieillard se leva alors, et partit. Quelques mètres à peine plus loin, il tourna à l’angle de la rue. Redoublant de colère, Nox le poursuivit, mais en atteignant à son tour le virage, il s’aperçut que le vieillard avait disparu.

« Je perds mon temps avec ce genre de personnage. », râla Nox intérieurement.

Soudain, une voix se fit entendre :

« Il ne faut jamais essayer de me doubler, Antoine… »

Cette voix lui glaça le sang, Nox aurait pu la reconnaitre parmi mille. C’était celle de Vyper.

« Adieu, Antoine… »

Soudain, tout sembla devenir plus noir. Tentant de ne pas paniquer, Nox essaya de baliser à nouveau son rêve, en écrivant en l’air et en se frottant les mains. Mais le noir progressait. Bientôt, il ne vit plus rien. Les deux phrases de Vyper continuaient de résonner dans son esprit. Sa voix était là, régnant dans l’obscurité nouvelle. En se frottant de nouveau les mains, Nox remarqua qu’elles étaient froides. Pire, il avait froid en-dedans. Sans rien y voir, il pouvait affirmer que le rêve s’effritait autour de lui. Alors, il repensa à son réveil, et, dans un élan de volonté, il se cria à lui-même :

« RÉVEILLE-TOI ! »

Nox ouvrit les yeux, fatigué. Il attrapa son journal de rêves et y consigna ses mésaventures, puis il jeta un œil à l’heure. Son réveil affichait 20h : il était temps d’aller aider Narsus à préparer le repas. Il désactiva l’alarme prévue pour 20h15, et descendit.

 

***

 

Narsus était déjà aux fourneaux, équipé d’un tablier de cuisine qui ne manqua pas de décrocher un sourire chez Nox.

« Tu peux te moquer, mais voilà le tien », dit Narsus en rigolant, tendant un tablier à Nox.

Celui-ci, bon joueur, équipa sa nouvelle tenue, et prit connaissance de la recette à suivre pour le repas du soir. S’il hésitait à critiquer la présence de brocolis, Narsus lui réservait un tout autre sujet de discussion.

« Tu as croisé Cater, avant de venir ? »

Nox marqua un temps d’arrêt, repensant aux pleurs qu’il avait discernés avant de s’endormir.

« Non… Mais j’ai cru percevoir quelqu’un pleurer. Enfin, je veux dire que je crois que c’était elle.

–          Vos chambres sont mitoyennes. Il y a de grandes chances pour que ce soit elle que tu aies entendue, effectivement.

–          Je… J’aimerais pouvoir faire quelque chose pour elle. C’est sans doute prétentieux mais bon. Je me sens impuissant devant le spectacle auquel nous avons assisté, et je déteste ça.

Narsus ne répondit pas de suite, concentré dans la préparation culinaire. Au bout de quelques secondes, il reprit néanmoins :

« En fait, je pense que tu es le seul à pouvoir l’aider. »

La réponse eut de quoi surprendre Nox, qui se demanda s’il avait bien compris.

« Comment ça ?

–          Tu es le seul à ne pas avoir de lien particulier avec elle ici. Que ce soit Thunder ou moi, elle ne voudra rien entendre si nous allons lui parler. Toi, elle ne te connaît pas, et n’osera donc sans doute pas t’envoyer bouler. Tiens, passe-moi le sel à côté de toi s’il-te-plaît. »

Nox s’exécuta, et rebondit sur la conversation :

« Justement, si elle ne voudrait pas vous entendre, pourquoi elle m’écouterait moi ? »

Tout en salant l’eau bouillonnante contenue dans la grosse marmite, Narsus s’expliqua :

« Quand elle était petite, même si elle l’est encore, Cater avait un grand frère. Ils n’avaient pas de parents, ces derniers étant morts dans un accident de voiture lorsque Cater était encore bébé. Le grand frère a donc veillé sur elle jusqu’à ses 10 ans, âge auquel les pouvoirs de Cater ont commencé à s’éveiller. Or, il se trouve que pour gagner assez d’argent et subvenir à leurs besoins, le grand frère s’était impliqué dans des histoires de gang, risquées, mais bien payées. »

Il plongea l’équivalent d’un kilo et demi de spaghettis dans la marmite.

« Toujours est-il qu’un jour, Cater a vu ce qui arriverait si son grand frère partait de la maison, ou s’il y restait. Elle l’a supplié de rester. Mais c’était un gros coup, alors il est parti quand même. Evidemment, il n’est jamais revenu. Et ce n’est que quelques années plus tard que Cater fut repérée par les Agents, à ses 16 ans. Elle en a 18 maintenant. »

Nox écoutait attentivement. Il ne s’occupait plus du tout de la cuisine, et regardait Narsus gérer ça tout en lui racontant cette histoire.

« Elle n’a pas eu une vie facile. Pourtant, elle a gardé la tête haute tout ce temps. Elle n’en a pas l’air, mais sous son masque d’arrogance et de fierté mal placée, elle réfléchit beaucoup, et essaie de ne jamais blesser réellement quelqu’un. »

–          C’est pour ça que tu as accepté d’utiliser la dégénérescence temporelle sur elle ? Parce qu’elle a le cœur sur la main ?

–          Oui, plus ou moins. J’en ai payé une addition salée de la part des Agents, ce jour-là, en agissant sans les avoir concertés. Il faut dire que son apparence d’ado nous conférait certains avantages en mission. Les gens font moins attention à une jeune fille qu’à quelqu’un comme un des Agents, tu le concevras.

–          J’imagine bien, oui.

–          Tu sais, je pense que tu lui rappelles son grand frère. Il aurait à peu près ton âge, maintenant. »

A ces mots, Nox n’eut pas de réponse. Il découvrait peu à peu les différentes facettes de chacun des membres de la Bad Dreams Justice, et ne savait qu’en penser. A croire que tous les détenteurs de pouvoir avaient eu la vie dure. Cette pensée l’attrista.

Ils finissaient à peine de préparer le repas, que ce fut l’heure de passer à table. Ils n’étaient que trois ce soir-là : Cater n’était pas descendue de sa chambre, et manquait à l’appel.

 

***

 

Laissant Narsus s’occuper de la corvée de vaisselle, Nox prépara deux chocolats chauds, et se dirigea vers sa chambre. Il la dépassa, et, arrivé face celle  de Cater, il toqua doucement.

« …Laissez-moi… », fit une petite voix sanglotante.

« C’est moi, Nox. J’ai quelque chose dans les mains à te donner, tu peux m’ouvrir ? »

Sans réponse, il surenchérit :

« Je ne pourrai pas bouger de là avant de t’avoir donné ce que j’ai apporté, je te préviens ! »

Pas de réaction. Il attendit ainsi quelques instants, et fit mine de s’éclaircir la gorge pour faire comprendre qu’il était toujours derrière la porte et qu’il attendait. Au bout d’une petite minute, la poignée s’abaissa finalement, et Cater apparut, les yeux rouges et gonflés.

« Elle a séché ses larmes à la va-vite », songea Nox.

« Tiens, je t’ai apporté ça. C’est bon pour le moral il paraît, dit-il en lui tendant une tasse remplie de chocolat chaud. Oh et, j’espère que ce n’est pas trop sucré. J’ai mis quatre demi-sucres. Un quatuor de demi-sucres, si tu préfères. »

Du mieux qu’elle put, Cater esquissa un faible sourire. Elle avait compris l’habileté entre les mots « quatuor  » et « Cater « .

« Merci, c’est gentil… Mais viens, entre, tu vas pas rester planté là… »

Nox hésita un instant, puis accepta l’invitation et entra dans la chambre. Elle semblait en tout point identique à la sienne, si ce n’est la présence d’un petit peu de décoration personnelle dans celle de Cater. Elle était là depuis plus longtemps, après tout.

Elle l’invita à s’assoir sur le bord du lit, ce qu’il fit sans broncher. Ils burent quelques gorgées de chocolat chaud, avant d’entamer vraiment une discussion.

« Tu penses qu’elle va s’en sortir ? Que la technologie des Agents suffira ? »

Nox se voulu rassurant.

« J’espère. Je ne sais pas vraiment de quoi il en retourne, mais les Agents n’ont cessé de m’impressionner depuis mon arrivée, donc j’espère que leur technologie fera l’affaire.

–          J’espère aussi. La pauvre… C’est horrible ce qu’il lui est arrivé. Si seulement on était arrivé plus tôt…

–          Je ne sais pas si on aurait pu la sauver, mais oui, moi aussi j’aurais au moins pu tenter quelque chose.

–          C’est injuste. »

Une question titillait Nox, et, se tournant vers Cater, il tenta de se montrer le plus délicat possible en la posant :

« Dis-moi… Comment ça marche, ton pouvoir ? Tu n’as pas vu cette possibilité arriver, par exemple ? »

Cater regardait droit vers le sol, comme gênée par la question. Elle y répondit toutefois.

« Je… Je ne contrôle pas vraiment mon pouvoir. Il se déclenche à mon insu, j’ai un flash me donnant un aperçu de deux chemins temporels ou plus, mais je ne le provoque pas quand je veux, ni sur les choix que je veux.

–          Ah, d’accord… Désolé si ça manquait un peu de tact, s’excusa Nox.

–          Ce n’est rien. Tout le monde ici contrôle plus ou moins son pouvoir, sauf moi. Ça fait depuis mes 10 ans qu’il s’est éveillé en moi, et je n’ai pas réussi à le maîtriser depuis.

–          Bah, ça viendra en son temps. Ou peut-être que ça marche tout simplement comme ça, qui sait. »

Un double bip se fit alors entendre. Cater regarda son poignet : sa montre, beaucoup plus fine et épurée que celle de Jugo, affichait 23h.

« On devrait aller se coucher, histoire d’être en forme demain et voir ce que disent les Agents, dit Nox.

–          Oui… Merci, pour ton passage, et pour le chocolat.

–          Tout le plaisir est pour moi. Oh, et, si ça va pas, dans la nuit ou n’importe quand, n’hésite pas à venir toquer, ou carrément me secouer un peu pour me réveiller. J’suis juste à côté », expliqua Nox en se levant.

Alors qu’il atteignait la porte de sortie, Cater l’interpella une dernière fois :

« Dis, le nouveau… J’t’aime bien, tu sais. »

Devant ce qui semblait être une preuve considérable d’affection soudaine, Nox lui adressa un sourire, et s’en retourna dans sa chambre.

Il s’endormit très vite, d’un sommeil sans rêve.

 

***

 

Au petit matin, Nox engloutit une bouteille de yaourt à boire, et sortit de sa chambre. Cater sortait de la sienne au même moment : elle le salua, et ils décidèrent d’aller faire un coucou à Jugo.

Ils trouvèrent celui-ci en train de somnoler, assis sur son lit, son livre entre les mains, et un filet de bave s’échappant dangereusement de sa bouche pour glisser sur son bras. Cater le réveilla, sans une once de pitié :

« Hey, Jugo ! C’est pas une position pour s’endormir ça ! Allez, réveille-toi ! »

Le jeune homme sortit de son sommeil en grommelant quelque chose d’incompréhensible, essuya vaguement la bave qui coulait de sa bouche, et balbutia :

« Bonjour, Nox, Cater. Vous êtes les deuxièmes à me réveiller ce matin…

–          Ah, désolé, s’excusa Nox. Qui était le premier ?

–          C’était Narsus. Il voulait passer me voir tant qu’il le pouvait, et comme je m’étais endormi avec mon livre, il espérait que je me rendorme confortablement… Ce qui a loupé, visiblement. D’ailleurs, je pense que vous devriez le rejoindre.

–          Pourquoi ça ?, demanda Cater.

–          Il semblerait qu’il y ait du nouveau concernant une potentielle recrue que vous avez ramenée hier. »

Cater et Nox s’adressèrent un regard mêlant surprise et empressement, et Nox s’adressa à Jugo :

« C’est plutôt important, tu nous en veux pas si on va voir de suite?

–          Oh non non faites donc, moi, je vais me rendormir correctement cette fois. Merci pour le réveil, j’aurais encore été plein de courbatures au bout de quelques heures. »

A peine avait-il fini de prononcer cette phrase qu’il bascula sur le côté, et sembla s’endormir aussitôt. Nox et Cater se dirigèrent vers le hall du bâtiment, à la recherche de Thunder et Narsus.

Ils les trouvèrent devant l’ascenseur, en train de discuter.

« Ah, vous tombez bien, fit Narsus. Je vous préviens, la journée commence par une mauvaise nouvelle : un des Agents nous a confirmé que Lina avait succombé à ses blessures. Son corps a été mis dans un cercueil ce matin, et a été transporté auprès de sa famille. J’ai vu le transport du cercueil. Quoi qu’il en soit, on a quartier-libre aujourd’hui. »

Nox regarda vers Cater, pour qui la nouvelle allait faire un choc. Mais celle-ci sembla encaisser, et s’adressa à l’ensemble du groupe :

« Bon, et si on en profitait pour s’entraîner, en tant qu’équipe ? Maintenant qu’on est quatre, ce serait bien de travailler notre alchimie. »

Presque déboussolé, Narsus accepta finalement l’idée avec grand entrain. Thunder s’aligna sur la proposition, et ainsi ils se dirigèrent vers la salle d’entraînement.

Ils passèrent quasiment toute la journée à travailler leur coordination sur différentes situations données. Narsus fut reconnu comme leader du groupe, celui dont il fallait en toutes circonstances écouter les ordres. Il réussissait à établir des stratégies prenant en compte l’ensemble des forces et faiblesses des différents acteurs, en un temps record, c’était donc tout naturel que le commandement de l’unité lui revienne.

« Il faudrait tout de même un moyen de transgresser le commandant, dans le cas d’une situation d’extrême urgence où seul l’un d’entre nous aurait une information primordiale, non ?, proposa Thunder

–          Hmm, oui, je pense aussi, acquiesça Narsus. Cela pourrait aussi servir entre vous, dans les situations où vous vous retrouvez à agir sans moi pour vous guider.

–          Qu’est-ce qui serait le plus utile, dans ce cas ?, demanda Cater.

–          Un code. Une phrase, simple à retenir, qui n’aurait de réel sens que pour nous, suggéra Nox. On en utilisait souvent à la Brigade.

–          Bien. J’ai une idée de code qui n’aurait de sens que pour nous, déclara Narsus. Ouvrez bien vos oreilles : la phrase à retenir, c’est : « Au nom du Futur, je t’en conjure ! ». Si l’un d’entre nous dit cette phrase à un autre, on doit s’engager à faire ce que la personne demande, peu en importe le prix. Ce sera la marque de confiance ultime au sein de la Bad Dreams Justice. »

Tous semblaient emballés par l’idée. Le reste de l’après-midi fut ainsi parsemé de situations dans lesquelles cette phrase devait être employée. Les résultats furent excellents, et Narsus déclara cette nouvelle mécanique adoptée.

Le soir approchait, et Cater demanda ce qu’il y avait à manger. C’est Thunder qui lui répondit l’air tout fier :

« Bah en fait, c’est ton tour de faire le repas ce soir. Mais bon, on est bons princes, comme il reste largement assez du repas d’hier, et qu’il s’agit de ton plat préféré, on va pas te faire faire de la cuisine. Par contre tu vas hériter de la corvée de vaisselle…

–          Quoi ? Y’a des spaghettis bolognaises et on est encore là à s’entraîner à cette heure-ci ? Non mais je rêve ! »

Sans plus attendre, Cater fonça retrouver son assiette, suivie de près par le reste de la troupe. Le repas fut chaleureux et enjoué, Nox aida Cater à faire sa corvée de vaisselle, et tous partirent se coucher peu après.

 

***

 

Nox ouvrit les yeux. Cette fois, il était dans le ciel. Il avait la sensation de tomber de très haut, et c’était probablement ce qui arrivait, mais il n’en tint pas compte. Il leva son doigt en l’air, et marqua le ciel du mot : « Base ». Puis il tenta de se remémorer comment il était arrivé là, ce qui s’avéra impossible. Enfin, il cria pour lui-même : « STABILISE TON RÊVE ! ». Il pouvait désormais explorer. Et pour répondre à sa chute, il se fit pousser des ailes d’ange, et en profita pour faire quelques figures en l’air qui feraient rougir le meilleur des pilotes de chasse.

Avec la hauteur qu’il avait, il voyait une ville en-dessous où fourmillaient de petits personnages. Il décida de descendre en piqué : les habitants grandissaient à vue d’œil.

Alors qu’il ne lui restait que quelques centaines de mètres à descendre, il s’aperçut que les personnages ralentissaient, et finissaient par s’arrêter dans leurs mouvements. Alors, le ciel pourtant sans nuage se grisa, et s’obscurcit peu à peu.

Et, comme il le redoutait, une voix surgit dans sa tête alors que tout se figeait autour de lui :

« C’est ça, c’est ça, Antoine ! C’est la Fin du Temps ! Et tu ne peux rien faire pour l’éviter, maintenant ! Hahahahaha ! »

La voix de Vyper résonnait en lui de manière inexplicable. La Fin du Temps ? Cette fois, Nox essaya de lui répondre :

« Qu’est-ce que tu veux dire, par la Fin du Temps ? Réponds ! »

La voix résonna encore :

« La Fin du Temps, Antoine. La Fin de tout. Un monde figé dans l’Éternité ! Hahahahahaaa ! »

Le noir devint total autour de lui, et le rêve perdit en lucidité.

Nox se réveilla en sueur.

 

***

 

Après avoir tout noté dans son journal de rêve, Nox dégusta sa bouteille de yaourt à boire comme on accomplit un rituel quotidien, et se dirigea vers la cellule de Jugo.

Ils échangèrent des salutations, et Nox apprit que Jugo n’avait pas vu Narsus aujourd’hui, lui qui était toujours le premier à le visiter. Alors qu’ils en discutaient, un Agent arriva vers eux :

« Bonjour Nox, Jugo. »

Il se tourna plus particulièrement vers Nox, et déclara :

« J’aimerais m’entretenir avec vous au sujet de votre avancée dans la maîtrise de votre pouvoir.

–          Pas de souci. Je te dis à plus tard, Jugo !

–          A plus tard Nox. Salue les autres de ma part si tu les croises.

–          Ce sera fait », assura Nox.

Ce dernier emboîta le pas à l’Agent, qui l’amena jusqu’à la salle de direction. Ils prirent place dans des fauteuils de part et d’autre d’un bureau. Nox s’étonna de la présence d’un seul Agent : il aurait été plus simple de parler de ses rêves aux deux Agents d’un seul coup.

« M’enfin, si le côté pratique leur passe au-dessus, tant pis. », pensa-t-il.

Il posa tout de même sa question, par curiosité :

« Le deuxième Agent n’est pas avec vous ? »

L’Agent lui répondit assez froidement :

« Non, il se repose. L’opération Sibi d’hier l’a… fatigué. Bien. Racontez-moi donc vos péripéties nocturnes de ces dernières nuits. Avez-vous remarqué des progrès ou fait face à des difficultés particulières ?

Nox réfléchit quelques instants, et se lança :

« A vrai dire, oui. J’ai fait deux rêves lucides, que j’ai réussi à stabiliser. Cela dit, dans le premier, je me suis retrouvé face à un personnage récalcitrant. Il n’a pas voulu discuter avec moi.

–          Et comment avez-vous réagi ?

–          J’ai essayé de comprendre, mais devant son entêtement, je me suis énervé. Je lui ai reproché de ne pas m’obéir alors qu’il faisait partie de mon rêve, et il est tout simplement parti en m’ignorant. J’ai tenté de le suivre, mais il avait disparu. Ensuite, j’ai perdu le contrôle de mon rêve, tout s’est obscurcit, et mon rêve s’est dissous de lui-même. Après quoi je me suis réveillé. »

L’Agent était très attentif au récit. Nox se demanda s’il avait décelé dans son rêve quelque chose qui lui avait échappé. L’Agent ne tarda pas à confirmer cette théorie :

«  Vous êtes tombé dans le piège auquel se confronte tout rêveur lucide un jour : vous vous êtes cru omnipotent. Chaque personnage de votre rêve est certes présent grâce à vous, mais il représente une part de vous-même. Vous avez beaucoup à apprendre de votre subconscient, ne le négligez jamais. De plus, se croire le maître absolu de votre rêve est une illusion. Comment expliquez-vous la façon dont vous créez le décor ? Certains personnages sont récurrents dans les rêves lucides. Ils peuvent représenter des fragments de conscience semi-permanents chez le rêveur, des briques d’égo. »

Nox buvait ses paroles. C’était tellement logique qu’il s’en voulut de ne pas l’avoir réalisé lui-même. S’il recroisait le vieillard de son rêve, il lui devrait des excuses. L’Agent reprit ses explications :

« Quant à l’effondrement de votre rêve, il s’agit d’un phénomène très particulier connu sous le nom de matière noire onirique. Cependant, il survient généralement de manière tout-à-fait logique, en visitant un endroit sombre par exemple. Alors, voir devient difficile, et rechercher de la lumière s’avère vain. Pourtant, le reste des sens fonctionne toujours : on entend, on sent, on peut toucher les éléments autour de nous. Mais le visuel est le sens essentiellement plébiscité dans un rêve. Lorsqu’il fait défaut, c’est tout le rêve qui se déstabilise et s’effondre. Il ne s’agit néanmoins pas d’une finalité : en se concentrant sur les autres sens, par exemple en frottant vos mains, vous pourrez les voir réapparaître sous votre regard, et le monde peut ainsi se réafficher d’un coup autour de vous, sans transition.

–          Mais alors, que signifie cette matière noire onirique ?

–          Ce n’est pas quelque chose de clairement défini pour le moment, mais il semblerait que cette matière noire fasse office de transition entre les rêves. On passe alors d’un rêve lucide à un rêve banal, par exemple. Il pourrait donc s’agir d’une sorte de respiration entre deux rêves, ou bien encore de la matière même utilisée par l’inconscient pour créer un rêve. »

La matière utilisée par l’inconscient pour fabriquer un rêve. Cette idée plaisait à Nox, il la trouva très belle et en même temps très pertinente.

« Avez-vous remarqué autre chose, dans vos rêves ? », questionna l’Agent.

Nox chercha dans ses souvenirs s’il y avait quelque chose de notable, sans remarquer que l’Agent semblait attendre un élément particulier, une chose en plus dont Nox ne réalisait pas encore l’importance. Au bout d’un moment de réflexion, Nox déclara, un peu hésitant :

« Il y a effectivement quelque chose… Mais je ne sais pas si c’est très pertinent.

–          Je vous écoute.

–          Dans mes deux derniers rêves, j’ai entendu la voix de Vyper résonner dans ma tête. Elle apparaissait lors de l’effritement du rêve, quand l’obscurité prenait le dessus. Et dans le deuxième rêve, il m’a parlé de la « Fin du Temps », en me disant qu’elle arrivait, et que l’on ne pourrait plus rien y faire. »

L’agent marqua un temps d’arrêt, et répondit :

« Je vois. Je n’ai aucune information par rapport au phénomène dont il parlait dans votre rêve, malheureusement.

–          De toute façon, ça ne doit pas être bien grave. Contrairement aux rêves que j’ai fait où tout était réaliste et tout s’est reproduit tel quel dans la réalité, celui-ci était complètement loufoque. Donc ça ne devrait pas poser de réel problème.

–          Détrompez-vous. Votre don consiste à faire voir le futur en rêve, mais ça ne signifie en aucun cas que le rêve sera nécessairement réaliste. Il faut envisager chaque élément de vos rêves comme de potentiels événements à venir. En tout cas, n’hésitez pas à en parler à un Agent si vous avez affaire à de nouveaux éléments dans vos rêves. »

En le voyant se lever, Nox conclut que la discussion était terminée, et se leva à son tour. Il demanda néanmoins à l’Agent s’il savait où se trouvait Narsus :

« Savez-vous où est passé Narsus ? Il n’est pas passé saluer Jugo ce matin. »

L’Agent lui répondit avec une voix grave :

« Il est en mission de collecte d’informations depuis l’aube, avec Thunder. Ne vous étonnez donc pas de leur éventuelle absence lors des prochains repas. »

Sa curiosité satisfaite, l’Agent et Nox sortirent de la salle de direction, et ce dernier se dirigea vers sa chambre.

 

***

 

Il était encore tôt, et Nox en profita pour s’affaler sur son lit. Il se sentait épuisé : les discussions avec les Agents comportaient toujours cette part de tension dans l’air, et il avait l’impression d’avoir fourni un grand effort de concentration. Jetant un œil à son réveil, il se dit qu’il pouvait tout-à-fait se reposer un peu avant le repas du midi : si Narsus et Thunder étaient en mission, Cater et lui allaient avoir un moment de latence de toute façon.

Il régla tout de même un réveil sur midi, et se laissa somnoler jusqu’à s’endormir doucement.

 

***

 

Lorsqu’il rouvrit les yeux, il était assis par terre, au pied d’un arbre. C’était la journée, il faisait beau. Nox posa son doigt contre le tronc de l’arbre, et y mima l’écriture du mot « BASE ». Il tenta de se remémorer le jour de la semaine, sans succès. Enfin, il attrapa une touffe d’herbe au sol, et sentit les brins de gazon picoter le creux de sa main.

Ça y est, il était lucide, et son rêve semblait stable. Il se promena un peu dans ce qui ressemblait à un parc, puis se mit à réfléchir :

« Voir le futur, d’accord, mais est-ce qu’il est concevable de me faire voir le passé ? »

A peine cette pensée avait-elle effleurée son esprit, que l’obscurité se fit peu à peu autour de lui. Il se focalisa pleinement sur ses sens, de manière à ne pas perdre le rêve. Alors, un nouvel environnement se déploya sous ses yeux.

Etonné, il découvrit la salle de direction de la Bad Dreams Justice, où il était il y a de ça quelques minutes. Il vit l’Agent, et il se vit, lui, en face, assis à un bureau.

« …dans le deuxième rêve, il m’a parlé de la « Fin du Temps », en me disant qu’elle arrivait, et que l’on ne pourrait plus rien y faire. », disait le Nox qu’il voyait.

« Je suis donc vraiment dans le passé… », pensa Nox, regardant l’Agent marquer un temps d’arrêt. Soudain, il perçut une pensée qui émanait de l’Agent. Comme une voix qui résonnait en lui.

« C’est beaucoup plus tôt que prévu », disait la voix.

Nox nota qu’il s’agissait de la voix de l’Agent lui-même. Or, il réalisa que les Agents avaient tous les deux la même voix, en plus d’avoir la même apparence.

« C’est donc comme ça qu’ils communiquent… Ils n’avaient effectivement pas besoin d’assister tous les deux à mon récit. Voilà un pouvoir bien pratique. », pensa Nox.

 Il se concentra sur l’échange mental des deux Agents :

« C’est tôt, oui. Mais Thunder a déjà rempli sa part. De même que pour Lina : nous avons évité le pire. Et nous pouvons toujours compter sur Jugo en cas de besoin. De toute façon, ils auront tous leur rôle à jouer. Quand seras-tu remis sur pied ? Nous allons avoir besoin de toi. »

« D’ici une petite heure, je devrais être à nouveau à 100% de mes capacités. Tout risque de finir bien plus vite que prévu, il faut se tenir prêt. »

Nox et l’Agent sortaient de la pièce à ce moment. Comme s’il s’agissait d’une fin de séquence, Nox vit son rêve envahi par l’obscurité, et s’effondrer autour de lui.

Il se réveilla sous l’appel de son réveil, et se leva péniblement. Il était temps de rejoindre Cater pour le repas.

***