L’intro au propos : de nouvelles façons de lire Bad Dreams Justice

 

Bonjour à tous ! Il est l’heure de la deuxième livraison, avec ce chapitre deux de votre nouveau roman préféré !

Et au menu du jour, quelques ajouts sont au programme pour la diffusion de Bad Dreams Justice :

  • On m’a demandé une page Facebook : c’est désormais chose faite, vous pouvez suivre les publications via la page Facebook dédiée, et ça se passe ici (il faut cliquer sur cette portion bleue de la phrase)
  • On m’a demandé pourquoi je ne permettais pas de lire le chapitre directement sur l’article : c’était une très bonne question à laquelle je n’avais pas de réponse. Vous pouvez donc lire le chapitre directement plus bas, et il en est désormais de même pour le chapitre 1 ! Comme ça, vous lisez directement ou vous téléchargez le fichier pour le lire plus tard, c’est comme vous voulez. Après tout, vous êtes les maîtres de votre destin.
  • Enfin on m’a demandé une version epub : je vais voir pour vous fournir ça dès le chapitre 3, histoire que vous pouviez lire sur liseuse ! Si avec ça vous arrivez à rater un chapitre…

 

Sur ce, il est temps de vous souhaiter une bonne lecture !
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Bad Dreams Justice – Chapitre 2

 

Des motos. Des tireurs embusqués. Des tirs de feu.

Mikhail se réveilla en sursaut, suant à grosses gouttes. Le cauchemar qu’il venait de faire n’annonçait rien de bon : le dernier semblable, il était devenu réalité.

Tentant de se débarrasser de ce mauvais rêve, Mikhail prit sa douche et enfila ses affaires de sport. Cela faisait une semaine qu’il avait été congédié chez lui par la Brigade. Il avait l’impression que des mois s’étaient écoulés : le temps semblait bien long, dans son petit appartement. Il avait pris l’habitude de faire un footing chaque matin, histoire de se maintenir en forme.

N’étant pas tout-à-fait motivé, il opta pour un petit parcours de cinq kilomètres. Le vent venait caresser son visage au rythme de ses enjambées, et cet air frais éveillait ses sens comme rien d’autre au monde. Le quartier était décidemment très calme. Malgré tout, Mikhail ne pouvait s’empêcher de repenser à son cauchemar. Perdu dans ses pensées, il termina rapidement son parcours, se retrouvant ainsi de retour à l’entrée du bâtiment où il logeait.

« Cinq kilomètres, c’était peut-être un peu trop court en fin de compte. », songea-t-il en se dirigeant vers la porte de son appartement.

Il y croisa monsieur Imber, qui s’apprêtait à sortir, deux sacs de courses à la main.

« Bonjour monsieur Imber !

–                      Oh, Bonjour Andrew. Vous êtes souvent chez vous en ce moment, vous avez pris des vacances ?

–                     Oui, on peut dire ça comme ça. Je ne fais pas trop de bruit j’espère ?

–                      Oh, non non, pas du tout, ne vous inquiétez pas ! Vous m’avez l’air fatigué, prenez soin de vous Andrew, et passez une bonne journée, dit-il en s’éloignant.

–                     J’y tacherai, bonne journée à vous monsieur Imber ! »

Une fois le seuil de son appartement franchi et la porte fermée, Mikhail soupira.

« Ils sont gentils à la Brigade, mais ça ne me va pas du tout « Andrew » comme prénom. »

Cette pensée laissa apparaître un léger sourire sur le visage de Mikhail. Il entreprit de reprendre une rapide douche pour détendre ses muscles après l’effort physique. Douche qui, finalement, se transforma en bain, dans lequel il se laissa macérer une demi-heure avant d’en sortir, l’esprit apaisé.

Alors qu’il finissait tout juste de s’habiller, le téléphone sonna.

« Enfin ! », pensa Mikhail.

C’était sans doute la Brigade qui allait mettre fin à son attente interminable. Le nom de Will s’affichait sous le numéro de l’appelant.

« Bingo. »

Mikhail décrocha.

«  Mikhail, j’écoute.

–                      Salut Mikhail, Will à l’appareil. J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c’est que tu reprends du service, dès aujourd’hui. La mauvaise… je ne peux pas te la dire au téléphone. De toute façon tu dois venir à la Brigade. Prends un sac avec quelques rechanges, il est possible que tu ne rentres pas chez toi pendant un petit moment. Rejoins mon bureau dès que possible. »

La voix de Will semblait légèrement inquiète, réservée. Ce qu’il ne pouvait pas dire au téléphone devait valoir son pesant de cacahuètes. Mikhail se voulu rassurant.

« Pas de souci, je prends quelques affaires et j’arrive. Tu m’expliqueras tout ça. A de suite, Will. »

Alors qu’il sortait de chez lui, Mikhail vit monsieur Imber rentrer de ses courses.

« Monsieur Imber ! Il est possible que je sois absent quelques jours, prochainement. Si j’ai une livraison de colis entre-temps, comme d’habitude, vous le prenez pour moi et me prévenez sur mon téléphone ?

–                     Bien sûr bien sûr, faites donc ! S’il y a quoi que ce soit, je vous appelle ! »

 

Ceci réglé, Mikhail se mis en route.

 

***

 

Arrivé à la Brigade, Mikhail marchait d’un pas déterminé vers le bureau de Will. Il était si concentré qu’il ne remarqua pas de suite les « Mikhail ! Mikhail ! » qui parvenaient à ses oreilles. Finalement, une main se posa sur son épaule et l’arracha à ses pensées. C’était Phill.

« Mikhail, quelle joie de te revoir ! Tu m’as l’air bien pressé !

–                      Phill ! Excuse-moi, j’étais complètement perdu dans mes pensées, et Will m’attend au plus vite dans son bureau. J’ai loupé des choses importantes cette semaine ?

–                      Oh, tu sais, la routine. Rien de bien poignant, j’en ai peur. Cela dit, ça pourrait vite changer ! Nos prochaines opérations devraient nous occuper pleinement. Je te souhaite bon courage, mon ami ! »

Phill lui adressa une légère accolade amicale, ce qui ne manqua pas de surprendre Mikhail. Venant de Phill, c’était assez inhabituel.

« Eh bien, j’ignorais que je t’avais autant manqué !

–                     Haha, c’est qu’on risque de ne pas se voir pendant un petit moment !

–                     Ah bon ? Tu prends des vacances, toi aussi ? »

Phill avait piqué la curiosité de Mikhail. Il avait l’impression de passer à côté de quelque chose, et il n’aimait pas ça.

« Will ne t’a rien dit ? »

Phill marqua un très léger temps d’arrêt, presque indiscernable. Mais Mikhail le connaissait bien. Si ce léger battement n’aurait rien voulu dire pour le commun des mortels, venant de la part de Phill cela indiquait clairement qu’il s’était passé quelque chose. Il reprit.

« Il est effectivement probable que nous soyons pleinement concentrés sur des fronts différents dans les temps à venir. Mais j’imagine que c’est de tout ça que Will va te parler. Ne le fais pas attendre plus longtemps, fonce donc ! »

Phill lui adressa un dernier sourire, ceux dont il avait le secret : Mikhail repartit en direction du bureau de Will d’un pas ferme et confiant.

 

***

 

Alors que Mikhail avait enfin atteint le bureau de Will, on l’avait redirigé vers un bureau de l’étage supérieur. Il s’agissait d’un de ces endroits avec une antichambre, le genre d’endroit où se prennent les grosses décisions et où l’on ne plaisante pas. Mikhail commençait à perdre patience. Heureusement, alors qu’il entrait dans l’antichambre, il eut la joie d’y retrouver Will, qui l’attendait. Ce dernier se leva à son arrivée : lui aussi semblait impatient et pressé.

« Mikhail ! On peut dire que t’as pris ton temps !

–                      Désolé, j’ai croisé Phill sur la route, on a discuté quelques minutes. Bon sang, vas-tu enfin me dire ce qu’il se passe ?

–                      Écoute Mikhail, on a pas beaucoup de temps, car il vaut mieux éviter de faire attendre ces gens. Ça vient d’en haut, tu comprends. En tout cas, ils veulent te voir. Je sais pas ce qu’ils te veulent, ni dans quel pétrin tu t’es fourré, mais un conseil : ces gens sont des hommes d’actions. Lorsqu’ils parlent, tu les écoutes, et tu poses tes questions que quand on t’y invite. Compris ? »

Malgré ses efforts pour le cacher, il était évident que Will était totalement paniqué. Ce qui n’annonçait rien de bon. Cela dit, Mikhail était un homme de terrain : garder son sang-froid, c’était son B.A-BA.

« T’en fais pas Will, tout va bien se passer. Après tout, je vais juste discuter dans un bureau avec des gens qui en imposent, tu m’y as bien entraîné, non ? »

La flatterie sembla calmer légèrement Will.

«  Tu veux dire que j’en impose ?, demanda-t-il d’un air presque satisfait.

–                     Non, juste que tu m’as habitué à discuter dans un bureau. »

La plaisanterie fit mouche et arracha un sourire à Will, qui laissa échapper un léger soupir. Mikhail reprit.

« Allez, je vais voir ce qu’on me veut. T’en fais pas Will, et merci pour tout. A plus tard ! »

Sur ces paroles, il quitta l’antichambre et pénétra dans le bureau. La vision de l’homme qu’il eut en entrant lui glaça le sang : c’était le chef de la Brigade, en personne. Deux autres hommes étaient présents, debout l’un et l’autre de chaque côté du bureau.

 

***

 

Tentant sans succès de ne pas laisser transparaitre sa surprise, Mikhail prit la parole.

« Monsieur Wiland ? Que me vaut le plaisir ?

–                      Mikhail. Je vais faire simple. Vous ne faites plus partie de la Brigade. Vous intégrez à temps plein la BDJ, une unité indépendante. Tout ce qui vous lie à la Brigade est transféré à la BDJ : appartement, papiers, etc. Ces messieurs vont vous emmener dans vos nouveaux locaux, et vous expliqueront la situation sur place. Cela me fait de la peine de me séparer d’un de nos meilleurs éléments, mais les circonstances m’y obligent. Vous pouvez disposer. »

Mikhail était sous le choc. C’était la première fois que tout semblait changer aussi vite dans sa vie. Il n’eut pas le temps de répliquer, ni même de réaliser ce qu’on venait de lui dire, que les deux hommes se dirigeaient vers lui. L’un d’eux lui emboîta le pas, en adressant poliment un « Par ici, veuillez me suivre s’il vous plait. ».

Mikhail s’exécuta, et ils arrivèrent au parking de la Brigade, où un véhicule les attendait. L’agent de la Brigade eut un mauvais pressentiment. Il se tourna vers l’un des agents.

« Excusez-moi, ça va vous sembler un peu étrange mais… J’aurais une recommandation, si ce n’est pas trop déplacé… »

L’agent sembla intéressé par cette tournure de phrase.

«  Je vous écoute ?

–                      Eh bien voilà… Si pendant le trajet, vous remarquez des motos, noires… Foncez, ou préparez-vous à faire face à des tirs de feu. Je sais que ça peut paraitre surréaliste, mais je préfère vous prévenir. »

L’agent ne sembla pas s’étonner plus que ça de l’étrange demande de Mikhail. Au contraire, il l’accepta avec un léger, très léger sourire, qui échappa au concerné.

« Pas de soucis. Merci de m’en avoir fait part. »

Ils montèrent tous dans le véhicule, et le moteur cracha le signal du départ. Aucun des deux hommes ne parlait. Mikhail se sentait étouffer, et ne réalisait toujours pas ce qui était en train de lui arriver.

« Tu fais un détour ? demanda l’homme qui ne conduisait pas.

–                      Oui, il semblerait qu’il y ait… des… « travaux » sur la route que nous devions d’emprunter, répondit l’autre. »

Bien que c’était la première fois que les hommes échangeaient entre eux, et que le conducteur avait répondu d’un air un poil hésitant, Mikhail n’y prêta pas attention. Des dizaines de questions lui venaient à l’esprit, et il espérait obtenir des réponses assez rapidement. Qui étaient ces personnes ? Qu’était la BDJ ? Pourquoi on le transférait dans cette unité ? Pourquoi Will et Phill ne lui avaient rien dit ? A quel point tout cela était important, pour que le chef de la Brigade lui-même prenne les choses en mains ?

Alors que Mikhail se noyait dans ses pensées, l’un des deux hommes l’en sortit en prenant la parole.

« Vous aviez raison. Les voilà. »

Le deuxième jeta un coup d’œil au rétroviseur, tandis que Mikhail regardait simplement vers l’arrière du véhicule. En effet, trois motos noires les suivaient et se rapprochaient. Les personnes qui les conduisaient étaient vêtues de noir également, et l’on ne pouvait distinguer leurs visages. Le conducteur reprit la parole.

« Ne vous inquiétez pas. En modifiant notre itinéraire, nous avons évité le pire. Si nous avions pris notre itinéraire initial, ils nous auraient sans doute tendu une embuscade. Nous allons bientôt passer sous un tunnel, et grâce à notre équipement, nous les sèmerons définitivement à ce moment-là. »

Des coups de feu se firent entendre. Les motards s’étaient rapprochés, et on les apercevait distinctement désormais : deux personnes sur chacune des trois motos, un conducteur et un tireur. Malgré les coups de feu, tout le monde restait calme dans la voiture, a priori blindée. Tant que les motards n’arrivaient pas au niveau des vitres, il n’y avait pas de réel danger.

Mikhail était bouche bée. C’était donc ça que l’homme avait voulu dire par « des travaux » ? Depuis son arrivée à la Brigade en début d’après-midi, tout semblait le dépasser. Ils pénétrèrent effectivement dans un tunnel, légèrement courbé. Il n’y avait personne sur la route hormis leur véhicule et les motards à leur poursuite. Mikhail regarda à l’arrière pour voir ce qui se passait à l’extérieur. Les assaillants se rapprochaient dangereusement. Alors qu’il ne restait que quelques mètres entre l’arrière du véhicule et eux, un déclic se fit entendre. Fixant la scène, Mikhail aperçut des centaines de gros clous tomber sur le sol. Deux des trois motos vacillèrent, l’une tombant à la renverse, et l’autre allant se crasher dans un mur. Un bruit sourd se fit entendre, mais la courbure du tunnel avait sorti la moto du champ de vision de Mikhail.

La troisième moto continuait sa route, échappant visiblement au triste sort auquel avait succombé le reste des motards. Alors qu’elle arrivait au niveau de la voiture, l’homme qui ne conduisait pas demanda à Mikhail de se baisser. Celui-ci s’exécuta sans poser de question. La vitre arrière de la voiture s’abaissa, et l’homme tira deux balles en direction de la moto. Mikhail observait comme il pouvait la scène, paniqué mais se sentant étrangement en sécurité dans le véhicule blindé, et vit les deux motards tomber au sol, morts sur le coup. La vitre se releva. Le conducteur prit la parole :

« Vous devez sans doute vous poser des tas de questions. Ne vous en faites pas. Vous aurez bientôt toutes les réponses que vous attendez, et plus encore.

Malgré la situation, Mikhail prit sur lui et accepta cette promesse, aussi vague qu’elle soit. Il avait beau considérer les différentes options possibles, en fin de compte il n’avait pas vraiment le choix. Le reste du trajet fut très paisible, et ils arrivèrent bientôt devant un grand bâtiment.

Alors qu’ils franchissaient une barrière de sécurité, le conducteur s’adressa directement à Mikhail :

« Mikhail, bienvenue dans le Hive, QG de la BDJ ! »

L’endroit était impressionnant, et Mikhail ne douta pas une seule seconde qu’il allait s’y passer de grandes choses.

 

***

 

Une fois sur place, ils sortirent du véhicule, et pénétrèrent dans le hall principal du bâtiment. Leur arrivée attira l’attention d’un jeune individu, qui se dirigea vers eux. L’un des hommes lui adressa la parole :

« Thunder, tu tombes bien. Voici notre nouvel élément, Mikhail. Fais-lui faire le tour des locaux. Mikhail, rejoignez notre bureau au dernier étage lorsque vous serez prêt. Nous vous y attendrons. »

Sans même attendre une quelconque réaction, ils entrèrent dans un des deux ascenseurs en forme de tube transparent qui étaient situés au centre du mur du fond de la pièce. Le jeune homme répondant au nom de Thunder se tourna vers Mikhail.

«  Alors c’est toi l’nouveau ! Ça s’est fait vachement vite ! Viens, viens, j’vais te faire visiter rapidement ! »

Son entrain avait quelque chose de rassurant. Si les deux hommes qui avaient mené Mikhail ici étaient froids et avaient un air sévère, lui, paraissait plus posé, et même plutôt cool. La curiosité de Mikhail fut piquée au vif.

« Thunder, c’est ça ? Ça fait longtemps que t’es ici toi ?

–                      Plus ou moins ouaip, depuis mes sept ans. J’en ai vingt-deux maintenant, je te laisse faire le calcul !

–                     Quinze ans ? Ils t’ont fait venir si jeune ? Mais pourquoi ?

–                      J’imagine qu’ils t’ont pas encore fait le topo, donc je vais pas gâcher leur belle présentation, mais disons que mes aptitudes ont fait surface assez tôt. De toute façon, t’auras vite fait le tour de l’équipe principale, on se compte sur les doigts d’une main ! Le reste des personnes ici ne sont que des intermédiaires. Attention hein, ça veut pas dire qu’ils sont pas importants. Tiens regarde, le mec là-bas, c’est Chris. Il est responsable de la collaboration avec le MI6 ! Ça doit être un boulot assez chiant quand on y pense, j’aimerais pas être à sa place.

–                     Avec le MI6 tu dis ?

–                      Ouaip, la BDJ entretient des liens assez particuliers avec chaque organisation importante dans le monde. MI6, CIA, FBI, et j’en passe. Tiens, à ta droite c’est les toilettes, note bien ça, les toilettes, c’est important. Là-bas, t’as l’armurerie, et là-bas c’est les entrepôts pour les véhicules. Hey dis, pourquoi ils t’ont fait venir ici ? »

La question ne manqua pas de déstabiliser Mikhail. A vrai dire, il n’en avait encore aucune idée. Au hasard, il répondit :

« Parce que j’ai fait un cauchemar. »

La réponse laissa Thunder perplexe. Alors qu’ils traversaient un couloir, Mikhail en profita pour poser une question :

« Tu t’appelles vraiment Thunder ?

–                      Maintenant, ouaip. Quand t’intègres la BDJ, t’as la possibilité de changer de nom. Prendre un pseudonyme. Ce que tu veux, n’importe quoi. D’ailleurs, tu devrais commencer à y réfléchir, ils vont sans doute te le proposer tout à l’heure ! »

« N’importe quoi, hmm ? », pensa Mikhail.

Cette idée lui plaisait, lui qui avait horreur des fausses identités données par la Brigade à chaque opération. Cela donnait un avantage non négligeable, certes, mais bâtir une réputation sur un nom qu’il avait choisi, c’était une opportunité à saisir.

A quelques mètres de là, au bout du couloir, se dressait une porte vers laquelle ils se dirigeaient.

« Pourquoi « Thunder » ? T’as choisi ça comment ?

Parce que j’annonce l’orage, héhé ! Non sans rire, c’est classe, et quand tu le prononces correctement ça sonne un peu comme « Fun », ça me plait ! Après, tu peux choisir comme tu veux. En fonction de tes aptitudes par exemple.

–                      En fonction de mes aptitudes… »

Mikhail tenait quelque chose. Arrivés au niveau de la porte, celle-ci s’ouvrit à leur approche.

« Ça, c’est la salle d’entraînement. Terrain de sport, machines de musculation, champs d’entraînement au tir, y’a tout ce dont t’as besoin ici ! »

Mikhail balaya du regard la salle. Il y avait effectivement beaucoup de matériel, et surtout beaucoup d’espace. Un endroit à retenir, assurément. Thunder, qui marchait deux pas en avant depuis le début de la visite, se tourna vers lui.

« Bon, bah je pense qu’on a fait le tour. Ensuite t’utilises l’ascenseur pour accéder aux diverses salles de réunion, bureaux, etc. Rien de bien folichon si tu veux mon avis. En tout cas, c’est là-bas qu’on se dirige, puisque tu dois rejoindre les patrons ! »

De retour dans le hall principal, Thunder salua Mikhail, et le laissa prendre l’ascenseur jusqu’au dernier étage. Il était temps d’avoir des réponses à toutes ses interrogations.

 

***

 

Il entra dans une pièce plutôt grande. Hormis un bureau derrière lequel on apercevait deux fauteuils, il y avait un écran géant situé sur le mur du fond, et les deux hommes dont Mikhail avait fait la connaissance plus tôt étaient debout, les mains derrière le dos, patientant chacun à un côté du bureau. Mikhail en profita pour les observer plus précisément qu’il ne l’avait fait jusque-là.

Ils étaient très grands, au moins deux mètres chacun, et leur carrure en imposait. Ils inspiraient le respect, et Mikhail se sentait comme un bébé sans défense face à deux titans. Brisant le silence, l’un d’eux prit la parole.

« Bien. Mikhail. Prenez place, je vous prie. Je nous présente, nous sommes des Agents, et nous représentons la BDJ, une unité indépendante de tout gouvernement, au service de l’humanité. Nous avons eu vent de votre dernière opération, et avons étudié votre dossier. Il semblerait, d’après les faits relatés, que vous ayez fait une sorte de rêve prémonitoire. Ma première question sera simple : était-ce la première fois que vous faisiez ce genre de rêve ? »

Mikhail était sans voix. On l’avait vraiment fait déplacer pour ça ? Pour parler de son cauchemar qui avait causé la mort de ses collègues ? Tout ça semblait aller trop loin. Il tâcha cependant de garder son calme et de répondre à la question, adoptant la marche à suivre que lui avait indiquée Will plus tôt dans la journée.

« Non, c’était la première fois. Je ne fais pas de cauchemar d’habitude, ou je ne me souviens pas de mes rêves. »

Mais le molosse en face de lui reprit la parole, tranchant net la réponse de Mikhail.

« C’est faux. En fait, il semblerait que vous faisiez beaucoup de rêves prémonitoires lorsque vous étiez enfant. Par exemple, à l’âge de sept ans, vous avez empêché le braquage d’une supérette près de chez vous en racontant un de vos rêves à votre père. Vous ne vous en souvenez pas ?

–                      Non, pas du tout. Pouvez-vous m’expliquer ce que tout cela signifie, au juste ? J’ai juste fait un mauvais rêve avant une opération, qui s’est finalement mal déroulée. Et puis, qu’est-ce que c’est, la BDJ ? »

L’agent marqua une légère pause. Le second, qui n’avait pas bougé d’un pouce jusque-là, continuait à se faire discret. Visiblement, les rôles étaient distribués, et lui n’était pas là pour discuter.

« Je vais aller droit au but, mon cher Mikhail. Il existe sur Terre des personnes dotées d’un don, d’une faculté à percevoir certaines choses. Ces dons se transmettent au fil des générations, et ce depuis la nuit des temps : lorsqu’une personne dotée d’un don meurt, le don se transmet à quelqu’un qui nait à la même seconde. Cependant, ces dons ne se déclarent pas forcément. Une personne dotée d’un don pourra passer sa vie sans que ce don ne se déclare une seule fois. Il n’est pas rare qu’un don disparaisse pendant plusieurs décennies avant de finalement réapparaître chez quelqu’un en qui il se manifeste de façon active. Pour répondre à votre question, la BDJ est, comme je le disais tout à l’heure,  une unité indépendante de tout gouvernement au service de l’humanité. Cela signifie « Bad Dreams Justice », et c’est une unité qui a été fondée par un homme qui bénéficiait du pouvoir que vous possédez actuellement : celui de voir l’avenir en rêve. L’idée est de trouver et réunir les personnes dotées d’un don, pour faire en sorte qu’elles servent le bien de l’humanité. Maintenant, je suis prêt à répondre à vos questions si vous en avez. »

Mikhail n’était pas satisfait. Une unité réunissant des personnes ayant des pouvoirs, échappant à tout gouvernement ?

« Laissez-moi rire », pensa-t-il.

Cependant, on lui laissait l’occasion de mettre au clair tout ça, et il n’allait pas s’en priver.

« Donc selon vous, l’ensemble de l’unité BDJ a des pouvoirs ? Thunder, il a un pouvoir ? C’est quoi, ces pouvoirs ? Pourquoi on les a ? Et vous, c’est quoi vos pouvoirs, vous êtes qui dans tout ça ? »

Il aurait pu continuer ainsi pendant un moment, mais il préféra garder son sang-froid, malgré quelques phrases aux tournures un poil provocantes. Les Agents ne lui en tinrent pas rigueur, et celui qui s’occupait de la discussion lui répondit calmement, interrogation après interrogation :

« L’unité BDJ est véritablement composée de très peu de membres, le reste étant des intervenants ou des intermédiaires avec d’autres organisations. Tous possèdent des pouvoirs. Thunder a la capacité de voir le futur proche, de quelques secondes dans le futur à quelques minutes tout au plus. L’origine de ces pouvoirs est inconnue à l’heure actuelle. Nous ne savons pas pourquoi nous les avons, nous avons juste pu déduire qu’ils se transmettaient au fil du temps. Il n’est pas impossible qu’ils aient même influencé le cours de l’Histoire. Nous autres, Agents, ne disposons pas de pouvoirs particuliers. Nous disposons simplement de la technologie nécessaire à repérer les signatures liées aux différents pouvoirs. C’est comme ça que l’on repère les individus qui en sont dotés. Cependant, les signatures varient selon les personnes, il n’y en a jamais deux identiques : elles se ressemblent, pas plus. C’est pourquoi nous ne pouvons repérer instantanément ceux qui en ont. »

Peu importait la façon dont il regardait les choses, cela faisait beaucoup à encaisser pour Mikhail. Il tentait de chercher une faille dans tout ça, mais rien de concret ne lui venait à l’esprit.

« Et si je ne souhaite pas intégrer la Bad Dreams Justice ? Si je souhaite continuer ma carrière dans une organisation classique, sans me mêler de tout ça ?

–                      C’est impossible. Votre pouvoir semble s’éveiller progressivement. D’abord l’opération Venom, ensuite les motards embusqués. Un retour à la vie normale n’est malheureusement pas une option.

–                     Et ces motards d’ailleurs, qui étaient-ils ? Pourquoi nous ont-ils attaqués ?

–                      La BDJ n’a pas que des alliés. Toutefois, nous les Agents sommes aussi là pour empêcher tout incident d’arriver.»

Un détail agaçait Mikhail. Il avait peut-être la faille dont il avait besoin.

« Je ne comprends pas. Lors de l’opération Venom, j’ai fait un rêve, j’ai agi pour que ce rêve ne se réalise pas, et il s’est tout de même réalisé. Tout à l’heure, je vous ai prévenus pour les motards, et nous avons pu les éviter. Pourquoi ? Lors de l’opération Venom, nous avons fait en sorte d’éviter la réalisation du rêve et c’est ainsi qu’il s’est réalisé. Pourquoi cela n’a pas fonctionné de la même façon avec les motards embusqués ?

–                      Voilà une excellente question. Voyez-vous, Mikhail, le destin n’est pas figé. Nous avons toujours le choix, et de nos choix découlent des conséquences. L’un des membres de la BDJ a le pouvoir de voir les conséquences à court, moyen ou long terme de tel ou tel choix. Il y a toujours au moins deux voies pour un choix donné. En ça, vous êtes deux membres complémentaires. Lorsque vous faites un rêve prémonitoire, il existe au moins une voie où il se réalise nécessairement, et une voie où on peut l’éviter. Votre entrainement à la BDJ tiendra évidemment compte de votre pouvoir, et la cohésion de l’unité permettra d’accomplir de grandes choses. »

Ils avaient fait le tour de la question. Mikhail en avait appris suffisamment pour l’instant, et rien ne l’empêcherait de poser ses questions lorsqu’il en aurait de nouvelles. L’Agent entreprit de conclure la conversation :

« Vous habiterez désormais ici. Vous conservez cependant le logement que vous habitiez lorsque vous opériez pour la Brigade, en cas de besoin. Demain, nous vous initierons aux méthodes d’entraînement qui vous sont propres. Une fois que vous serez prêt, vous pourrez participer activement aux opérations de la BDJ. Vous ferez très vite la connaissance du reste des membres. Apprenez à les connaître, à leur faire confiance, et ensemble vous réussirez là où n’importe qui d’autre aurait échoué. Une dernière chose. Intégrer la BDJ vous permet de changer d’identité, si vous le souhaitez, comme vous l’a sans doute indiqué Thunder. J’imagine que vous y avez déjà réfléchi ? »

A ces mots, un sourire se dessina sur le visage de Mikhail. Lui dont les cauchemars allaient peut-être permettre de venir en aide à l’humanité, il savait très bien quel nom il allait choisir.

« Oui, j’y ai réfléchi. Désormais, je m’appellerai « Nox ». »

Un sourire en coin se dessina sur le visage de l’Agent, tandis que le deuxième Agent s’approcha. Ensemble, dans une parfaite harmonie, ils déclarèrent :

« Nox, bienvenue dans la Bad Dreams Justice ! ».

 

***